samedi 14 novembre 2020

Alternatives aux pesticides de synthèse : les extraits végétaux

Divers extraits bruts de plantes telles que l’ail, le thym, la consoude, la sauge, les orties, les tagètes (œillets) les fougères et les prêles sont utilisées empiriquement pour leurs propriétés insecticides, insectifuges, acaricides, fongicides, herbicides ou nématicides, selon les cas. Obtenus artisanalement par broyage, fermentation, décoction, macération ou infusion des feuilles, des tiges ou des fleurs, ces extraits peuvent être employés comme pesticide à l'échelle d'un jardin ou d'un potager. Classés comme «préparations naturelles peu préoccupantes» ou «biostimulants», ils bénéficient généralement de procédures allégées pour leur mise en marché.

Bien qu'ils soient généralement moins efficaces que les extraits purifiés ou les principes actifs isolés, les extraits végétaux bruts présentent plusieurs avantages :

  • ils sont riches en oligoéléments et, de ce fait, peuvent servir à enrichir et activer le compost et à stimuler la microflore bénéfique du sol.
  • ils peuvent stimuler la croissance des plantes traitées et leurs défenses naturelles contre les maladies, les parasites et les ravageurs.
  • leurs effets pesticides multiples et leurs modes d'action diversifiés limitent les risques de développement des résistances chez les populations visées.

Il existe un très grand nombre de recettes maisons pour les préparer. Toutefois, il est à noter que les effets pesticides de certaines recettes maisons ne sont pas toujours corroborés par les études scientifiques.

 

Liste des principaux extraits végétaux utilisés comme pesticides en horticulture

Ce tableau présente à titre informatif une liste non exhaustive d’extraits végétaux qui ont des activités fongicides, insecticides ou répulsives. Ils sont principalement destinés à un usage domestique. Leur efficacité peut varier selon les modes de préparation, d’application et d’entreposage, les doses d’emploi et les conditions environnementales. Par ailleurs, même s’ils sont naturels, ils peuvent être toxiques pour les humains, la flore ou la faune. Aussi, il faut rester prudent lorsqu’on les prépare ou qu’on les applique sur les plantes ou sur le sol. 


Plante

Propriétées

Mode de préparation et d’utilisation*

Absinthe

Artemisia absinthium

Insecticide (piéride, ver de la pomme), fongicide (rouille du groseillier), répulsif (limaces)

Infusion, décoction et extrait fermenté (tiges et feuilles), pulvérisation au sol

Ail

Allium sativum

Insecticide (pucerons, charançons, doryphore) et acaricide, fongicide (fonte de semis, moisissure grise, cloque du pêcher), répulsif (chevreuil)

Décoction ou macération huileuse (gousses hachées), arrosage au sol contre les champignons ou pulvérisation foliaire contre les insectes

Bardane

Arctium

Fongicide (mildiou), fertilisant

Macération, engrais au sol et foliaire, paillis (plantes entières avec racines)

Capucine

Tropaeolum majus

Insecticide (aleurodes), fongicide (mildiou, chancres des arbres fruitiers)

Infusion ou macération (feuilles fraîches)

Consoude Symphitum officinalis

Renforçateur des défenses naturelles, fertilisant riche en potassium et bore, activateur de compost

Décoction, extrait fermenté, jus concentré (feuilles fraîches)

Arrosage ou pulvérisation foliaire

Note : les feuilles feuilles fraîches peuvent être appliquées en paillis.

Ortie

Urtica dioica

Répulsif insectifuge (puceron, carpocapse), insecticide (pucerons) et acaricide, renforçateur des défenses naturelles, fertilisant, fongicide (maladies des racines), activateur de compost

Infusion, décoction, macération ou extrait fermenté (plantes entières avant floraison avec racines

Arrosage ou pulvérisation foliaire

Note : les préparations peuvent aussi servir à protéger les racines lors de la plantation.

Prêle des champs

Equisetum arvense

Renforçateur des défenses naturelles,

fongicide préventif (oïdium, mildiou, rouille, botrytis), répulsif insecticide

Décoction ou macération (feuilles fraîches ou sèches)

Pyrèthre

Tanacetum cinerariifolium ou Chrysanthemum cinerariifolium

Insecticide (pucerons, aleurodes, mouches) et acaricide

Infusion ou macération (fleurs épanouies fraîches ou sèches)

Pulvérisation sur les feuilles

Note : attention, l’extrait contient des pyréthrines qui sont toxiques pour les pollinisateurs

Raifort

Armoracia rusticana

Fongicide à large spectre

Infusion, macération et extrait fermenté (plantes entières avec racines)

Rhubarbe

Rheum rhaponticum

Répulsif insectifuge (pucerons, chenilles, plusieurs larves), limaces et rongeurs

Macération ou extrait fermenté (feuilles)

Pulvérisation, épandage des feuilles séchées et broyées au sol

Note : attention certains principes actifs peuvent être toxiques.

Sauge officinale

Salvia officinalis

Répulsif insectifuge

Fongicide (mildiou)

Infusion, décoction ou extrait fermenté (tiges et feuilles)

Note : ne pas utiliser sur semis (ralentissement de la germination)

 *Les modes de préparation et d’utilisation peuvent varier selon les auteurs.

  • Infusion : extraction des principes actifs par l’eau bouillante (surtout pour pour les tissus tendres);  
  • Décoction : extraction par trempage dans l’eau (24 heures), puis à l’eau bouillante et court trempage (20 à 30 minutes) dans l’eau frémissante (surtout utilisé pour les tissus coriaces); 
  • Macération : extraction par trempage simple (24 heures) dans l’eau froide ou de l’huile (lin, paraffine); 
  • Extrait fermenté ou purin : extraction par trempage prolongé dans l’eau froide (entre 5 et 30 jours) et fermentation.
Les extraits doivent être refroidis et filtrés avant de traiter. Certaines préparations peuvent être stockées au besoin pendant quelques jours à l’abri de la lumière et à température fraîche.

 

samedi 7 novembre 2020

Plantes messicoles : adventices habitantes des moissons

Les plantes messicoles sont des adventices inféodées aux moissons, en particulier aux cultures de céréales d'hiver (blé, orge, avoine, seigle). Elles incluent principalement des annuelles (bleuet, coquelicot, matricaires, adonis d'été, nielle des blés) et quelques vivaces (glaïeul des moissons, tulipa sp.). 

Depuis la domestication des céréales au néolithique, ces plantes anciennes originaires du moyen-orient ont migré et coévolué avec elles. Ce sont donc des espèces spécialistes qui ont des cycles de vie comparables à celles des céréales (entre le semis et la moisson) et sont dépendantes de certaines pratiques culturales ancestrales (labours superficiels à l'automne, semis clairs). En plus de leur importance patrimoniale et esthétique au niveau des paysages agricoles, les plantes messicoles favorisent la pollinisation des espèces cultivées et le contrôle biologique des ravageurs par les auxiliaires. 

En Europe, l'intensification des pratiques agricoles modernes (usage des pesticides, fertilisation azotée, labours profonds, remembrement, tri des semences) a conduit à la raréfaction, voire la disparition locale des plusieurs espèces messicoles. La mise en place de bandes fleuries en bordure des champs permet de favoriser leur présence et d'augmenter la biodiversité des agrosystèmes. 


 

Pour en savoir plus:

 

 

mercredi 22 novembre 2017

Le chlorothalonil, un fongicide en cause dans le déclin des bourdons

Composé organochloré dérivé du benzène (famille des chloronitriles), le chlorothalonil est un fongicide de contact multisite qui est utilisé en agriculture (arachides, pommes de terre, vigne, cultures maraichères), dans les terrains de golf et dans les peintures antisalissures (antifouling). Très toxique pour les poissons et les invertébrés aquatiques, il serait aussi néfaste pour les insectes pollinisateurs, notamment les bourdons.

En étudiant les facteurs qui menacent les populations d'insectes pollinisateurs sur 284 sites aux États-Unis, des chercheurs américains ont mis en évidence le rôle du chlorothalonil dans le déclin de quatre espèces de bourdon (Bompus spp). Ce fongicide rend en effet les bourdons plus sensibles à un parasite intestinal intracellulaire, Nosema bombi (Microsporidia, Fungi), qui peut être mortel. Les auteurs de l'étude s'inquiètent en outre de l'action synergiste du fongicide avec les insecticides systémiques sur les populations d'insectes pollinisateurs.

Ces résultats confirment une étude réalisée en 2013 qui montrait une augmentation de l'infection par un autre parasite intestinal, Nosema ceranae, chez les populations d'abeille dont le pollen était fortement contaminé par des fongicides. 

Références:

samedi 18 novembre 2017

Le paraquat un herbicide hautement toxique continue d'empoisonner les agriculteurs dans les pays en développement

Le paraquat (dichlorure de 1,1’-Diméthyl-4,4’-bipyridinium) est un herbicide de contact non sélectif qui est très utilisé dans le monde depuis les années 1960. Hautement toxique par ingestion, même à très faible dose, il est particulièrement dangereux pour les agriculteurs et les travailleurs qui peuvent s'empoisonner accidentellement lors de sa manipulation. Sans antidote connu à ce jour, le paraquat est aussi une des substances les plus utilisées dans le monde par les agriculteurs pour se suicider, notamment en Asie. Par ailleurs, des études ont établi un lien entre l’exposition chronique au paraquat et des lésions dégénératives semblables à celles causées par la maladie de Parkinson.

Interdit dans les pays européens depuis 2007, à usage restreint en Amérique du Nord, l'herbicide reste cependant très utilisé dans les pays en développement où les travailleurs des plantations (café, cacao, canne à sucre, huile de palme, caoutchouc, soja) et les paysans l'utilisent, souvent sans aucune formation ni protection adéquate, pour préparer le sol au semi direct sans labourage.

La multinationale agrochimique suisse Sygenta est l'un des plus gros producteur de paraquat, sous le nom commercial de Gramoxone. Une organisation non gouvernementale suisse Public Eye (Déclaration de Berne) accuse Sygenta d'être directement responsable de la mort des milliers de travailleurs et fermiers empoisonnés par le paraquat. L'ONG s'est rendu dans un petit village isolé des Philippines, au milieu d'une plantation de palmiers à huile, à la rencontre de ces agriculteurs intoxiqués à leur insu.


En association avec Pest Action Network UK (PAN UK), Public Eye a publié la bibliographie la plus complète à ce jour sur les conséquences sanitaires de l’emploi du paraquat. Plus de 200 publications y sont recensées.



Pour en savoir plus:



mardi 14 novembre 2017

L'imidaclopride et le chlorpyrifos, des insecticides néfastes pour les oiseaux

L'imidaclopride (néonicotinoïde) et le chlorpyrifos-éthyl (organophosphoré) sont deux insecticides neurotoxiques couramment utilisés pour lutter contre divers insectes ravageurs dans les cultures de céréales, de colza, de légumes ou les vergers. Ces deux insecticides sont connus pour avoir des effets néfastes sur les abeilles, notamment sur leur mémoire olfactive et leur capacité à butiner et à s'orienter en vol.

Des recherches menées à l'Université de la Saskatchewan ont montré que l'imidaclopride et le chlorpyrifos ont aussi des effets toxiques directs sur les oiseaux chanteurs et granivores, notamment sur leur masse corporelle et leur capacité à migrer. Lorsque les oiseaux consomment l'équivalent de seulement trois à quatre graines de colza (canola) traitées à l'imidaclopride ou huit granules de chlorpyrifos par jour pendant trois jours, les chercheurs ont observé :
- une diminution importante de leur réserve de graisse (jusqu'à 25%) et de leur poids;
- des signes d'intoxication aiguës (léthargie, perte d'appétit);
- et une modification importante de leur capacité à s'orienter.

Les oiseaux granivores qui se ravitaillent dans les champs au cours de leur migration sont particulièrement menacés. Ils peuvent consommer des graines enrobées d'imidaclopride et des granules de chlorpyrifos qu'ils confondent avec des graines. Cette intoxication pourrait modifier leur comportement migratoire et réduire ainsi leur chance de survie ou de se reproduire.

 Les recherches ont été menées en laboratoire sur le bruant à couronne blanche (Zonotrichia leucophrys), un passereau migrateur très courant en Amérique du Nord. Crédit photo: Wolfgang Wander — Travail personnel / http://www.pbase.com/image/83910026

lundi 17 juillet 2017

Chlorfénapyr et résistance aux pyréthrinoïdes

Le chlorfénapyr est un insecticide synthétique, dérivé trifluoré du pyrrole (famille arylpyrrole), un composé produit par voie microbienne. Il agit sur les insectes et les acariens, par contact et par ingestion, en perturbant la production d'ATP dans les mitochondries, et par conséquent la respiration cellulaire (phosphorylation oxydative). Il doit être métabolisé in vivo par des enzymes de détoxification pour être actif, ce qui retarde son activité insecticide.

Le chlorfénapyr est utilisé contre divers insectes et acariens ravageurs agricoles dans les cultures de coton, de soja et d'arbres fruitiers, mais aussi en lutte antiparasitaire contre les fourmis et les punaises de lit. Grâce à son mode d'action, il est particulièrement efficace contre les insectes résistants aux insecticides neurotoxiques conventionnels comme les pyréthrinoïdes, les carbamates et les organophosphorés. De ce fait, il est très utilisé dans les programmes de gestion de la résistance.

Cet insecticide s'est aussi avéré efficace contre les moustiques anophèles vecteurs de la malaria, particulièrement ceux qui sont résistants aux pyréthrinoïdes (N'Guessan R et al, Acta Trop 2007). Pour contrer cette résistance aux pyréthrinoïdes qui s’accroit en Afrique, de nouvelles moustiquaires imprégnées au chlorfénapyr (Interceptor® G2, BASF) sont en cours d'évaluation (N'Guessan R, et al, PLOS 2016; Malone D., IVCC 2017). Toutefois, le chlorfénapyr pourrait aussi induire des résistances chez les insectes comme le montre une récente étude réalisée aux États-Unis sur les punaises de lit (Ashbrook AR, Journal of Economic Entomology, 2017).

Le chlorfénapyr est moins toxique pour les poissons et la faune aquatique que les pyréthrinoïdes, mais est néanmoins toxique pour les oiseaux.

mercredi 5 juillet 2017

De nouvelles preuves de la nocivité des néonicotinoïdes pour les abeilles

Deux nouvelles études réalisées à grande échelle, l'une en Europe (Allemagne, Grande-Bretagne, Hongrie) sur onze champs de colza d'hiver (Woodcock et al., Science 2017), l'autre au Canada dans deux régions de maïsiculture (Tsvetkov et al, Science 2017), confirment les impacts globalement négatifs des insecticides néonicotinoïdes sur les populations d'abeilles domestiques et sauvages, notamment leur capacité à se reproduire (espérance de vie, fertilité). Elles mettent aussi en évidence l'imprégnation de l'environnement par les néonicotinoïdes qui sont absorbés par les plantes cultivées et sauvages.

L'étude canadienne montre que les abeilles qui butinent les plantes à fleur en bordure des champs de maïs (non pollinisé par les abeilles) sont exposées pendant trois à quatre mois à un cocktail de 26 pesticides, dont quatre insecticides néonicotinoïdes. L'exposition à ces derniers réduit de 23% leur espérance de vie et altère leur efficacité à prendre soin de la reine et à polliniser les plantes. Par ailleurs, les chercheurs canadiens ont observé que la toxicité aiguë pour les abeilles de deux néonicotinoïdes, la clothianidine et le thiaméthoxame, doublait lorsque les champs de mais sont traités avec du boscalide (SagePesticide), un fongicide couramment employé en maïsiculture.

L'étude européenne, quant à elle, montre que la clothianidine et le thiaméthoxame ont des effets variables sur les pollinisateurs du colza d'hiver, selon la période de l'année et le site. En Hongrie et en Grande-Bretagne, les chercheurs ont observé une nette diminution du taux de survie des abeilles domestiques (Apis mellifera) durant l'hiver. En revanche, peu d'effets néfastes ont été observés en Allemagne, où les abeilles domestiques avaient accès à un plus large éventail de plantes à fleur sauvages.Toutefois dans tous les sites européens, la reproduction des abeilles sauvages (Bombus terrestris et Osmia bicornis) est affectée lorsqu'elles sont exposées aux néonicotinoïdes.

Références:

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